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Peigner la girafe : dĂ©finition & origine (expression) 🩒đŸȘź

Publié le 01/05/2021 (m.à.j* le 10/06/2024)
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DĂ©finition

Peigner la girafe signifie : « ne rien faire » ou « faire un travail inutile et fastidieux ».

À lire en cliquant ici : d’oĂč vient l’expression « ce n’est pas piquĂ© des hannetons ! »  ?

 

Peigner la girafe : origine de l’expression

Peigner le long cou d’un animal peut paraĂźtre en effet longuet et sans grand intĂ©rĂȘt. Cependant deux hypothĂšses s’affrontent sur l’origine exacte de cette image.

La premiĂšre, soutenue par Claude Duneton, fait naĂźtre cette expression avec l’arrivĂ©e de la girafe Zarafa en France en 1826. Jusqu’alors inconnu des Français, cet animal soulĂšve la passion du public au cours de son voyage de Marseille Ă  Paris qu’il atteint en 1827 pour s’installer au Jardin des plantes. Une anecdote ajoute qu’un gardien du Jardin se serait servi de l’excuse qu’il “peignait la girafe” devant les remontrances de ses supĂ©rieurs qui lui reprochaient de ne rien faire. Toutefois, cette hypothĂšse est repoussĂ©e par d’autres auteurs, comme Alain Rey et Sophie Chantreau (Dictionnaire d’expressions et locutions), parce qu’elle n’a pas d’attestation Ă©crite contemporaine. Cette expression Ă©voquerait plutĂŽt Ă  mots couverts la masturbation, avec l’idĂ©e, comme avec “branler”, que cette pratique Ă©quivaut Ă  ne rien faire.

Duneton a nĂ©anmoins dĂ©fendu son hypothĂšse en arguant que l’absence de cette expression dans les dictionnaires d’argot, et son apparition dans Le Nouveau Larousse illustrĂ© de 1898, montre qu’elle Ă©tait probablement rĂ©pandue Ă  l’oral dans les milieux bourgeois depuis quelques annĂ©es, ce qui rapproche sa genĂšse de la mort de la girafe en 1845. Cette usage bourgeois de l’expression exclurait toute allusion masturbatoire.

Mais « peigner la girafe » figure bien dans un dictionnaire argotique, celui de Georges Delesalle, publiĂ© en 1896. En mĂȘme temps, un emploi ancien de l’expression, dans une histoire drĂŽle de 1886 dans le journal satirique Le Tintamarre, lie l’expression au Jardin des plantes et Ă  l’anecdote du gardien paresseux :

Un employé du Jardin des Plantes passe en correctionnelle :
– Votre profession ?
– Coiffeur, mon prĂ©sident.
– Comment, coiffeur ?

– Oui, mon prĂ©sident, je peigne la girafe !

Cet emploi est Ă©loignĂ© de l’argot, comme celui de 1892 dans La Semaine vĂ©tĂ©rinaire, qui parle aussi du Jardin des plantes :

On vous a parlĂ© d’un peigne Ă  peigner la girafe, ce qui laisserait supposer que cet intĂ©ressant animal a son coiffeur ; nous sommes sans renseignement lĂ -dessus : il n’y a pas de girafe au Jardin des Plantes.

Le peigne Ă©voquĂ© est peut-ĂȘtre le “peigne Ă  la girafe” mis Ă  la mode par l’arrivĂ©e de l’animal en France, mais le lien avec l’expression est loin d’ĂȘtre Ă©vident. 

Il faut noter, enfin, avec Duneton, que l’expression utilise l’article dĂ©fini “la”, pour “la girafe”, est donc qu’il est peut-ĂȘtre bien question d’une unique girafe, celle du Jardin des plantes, et pas d'”une girafe” quelconque.

À lire en cliquant ici : “sabler” ou “sabrer” le champagne ?

Exemples

Boris Vian, dans Vercoquin et le plancton (1946), a fait une cĂ©lĂšbre syllepse Ă  partir de cette expression : 

Emmanuel avait tellement peignĂ© la girafe, ce matin-lĂ , que la pauvre bĂȘte en Ă©tait morte. Des touffes de ses poils tramaient un peu partout, et son cadavre, dont on avait fait passer la tĂȘte par la fenĂȘtre, pour pouvoir circuler, gisait sous le bureau d’Adolphe Troude, qu’encombraient dĂ©jĂ  quatre tonnes d’engrais divers, logĂ©s dans de petits sacs de toile, car cet estimable individu s’adonnait Ă  la culture maraĂźchĂšre dans son jardin de Clamart.

Il prend l’expression au sens littĂ©ral, mais le lecteur peut douter et la comprendre au sens abstrait, ou mĂȘme y voir de la masturbation. 

 

Sur l’ensemble routier, quatre tonnes de foin s’apprĂȘtent Ă  partir. Ils sont destinĂ©s aux cracks de Jean-Michel Bazire, l’un des clients de la Ferme du Verger, une jeune pousse de Saint-Philbert-de-Grandlieu, dans le Sud-Loire, qui s’est lancĂ©e dans la purification du fourrage.

Nettoyer le foin ou la paille ? Tiens donc
 Le premier réflexe du néophyte incite à sourire et à vanner. Nettoyer le foin comme peigner la girafe ou compter les herbes de la pelouse ? Grave erreur.

Ouest-france.fr