Les mots nous jouent parfois des tours. La locution qu’est-ce que en est le parfait exemple. Simple en apparence, cette expression interrogative cache une richesse insoupçonnée qui mérite qu’on s’y attarde. Particulièrement quand on sait qu’elle se transforme souvent, à tort, en “quesque” dans nos conversations quotidiennes.
Définition et usage
Comme une recette bien dosée, qu’est-ce que mélange trois ingrédients : “que” (notre pronom interrogatif), “est-ce” (le verbe être), et “que” (la conjonction). Cette combinaison crée un outil linguistique remarquablement polyvalent. Elle nous permet de poser des questions fondamentales sur l’essence des choses.
“Qu’est-ce que le bonheur ?” Voilà une question qui a fait couler beaucoup d’encre. Dans nos conversations, elle vient naturellement renforcer nos interrogations. “Que fais-tu ?” devient ainsi “Qu’est-ce que tu fais ?”. Plus encore, elle nous aide à exprimer l’intensité de nos émotions. “Qu’est-ce qu’il fait chaud !” Et nous voilà qui soupirons déjà en cherchant l’ombre.
La question du “quesque” : usage et controverse
Le “quesque”, c’est un peu le petit cousin mal élevé de notre expression. Né dans la rue, adopté par le langage familier, il s’est fait une place dans nos conversations… au grand dam des puristes. Son histoire ? Elle illustre parfaitement cette tendance naturelle que nous avons à simplifier notre langue quand nous parlons.
Certains écrivains, notamment dans la littérature du XXe siècle, ont cherché à retranscrire le langage populaire dans leurs œuvres. Leur objectif ? Capturer l’authenticité du parler populaire. Mais attention… L’Académie française, notre gardienne de la langue, fronce les sourcils. Les linguistes aussi d’ailleurs. Pour eux, cette simplification phonétique malmène la structure même de notre grammaire.
Il est donc vivement conseillé de ne pas utiliser “quesque” et d’opter en tout temps pour “qu’est-ce que”.
Les nuances d’utilisation contemporaines
Notre langue est vivante, elle respire, elle évolue. Qu’est-ce que en est la preuve parfaite. Au fil du temps, cette expression s’est enrichie de multiples nuances. Elle peut traduire la surprise (“Qu’est-ce que tu me racontes là ?”). L’émerveillement aussi (“Qu’est-ce que c’est beau !”). Et même l’agacement… “Qu’est-ce que tu peux être têtu !” Qui n’a jamais prononcé cette phrase ?
Évolution historique
Nos ancêtres se contentaient d’un simple “que” pour poser leurs questions. Mais entre le XIVe et le XVIe siècle, les choses ont changé. Ferdinand Brunot, éminent historien de notre langue, l’a bien documenté. Le besoin de clarté a peu à peu façonné des formes plus complexes.
Claude Buridant, passionné d’ancien français, nous révèle un détail fascinant. Qu’est-ce que a d’abord servi à identifier les choses avant de conquérir d’autres territoires interrogatifs. C’est comme une plante qui aurait doucement étendu ses racines dans notre langage.
Usage dans la littérature classique et moderne
La littérature nous offre un véritable voyage à travers l’usage de cette expression. Molière l’utilise avec malice dans ses comédies : “Qu’est-ce que c’est donc que cette instance ?” Victor Hugo en fait une arme politique : “Qu’est-ce que la liberté ?” Et Camus… Camus l’élève au rang de questionnement philosophique : “Qu’est-ce que l’homme révolté ?”
Conclusion et recommandations d’usage
Alors, que retenir de tout cela ? Dans le français d’aujourd’hui, qu’est-ce que reste incontournable. À l’écrit, dans un contexte formel, préférez la forme inversée (“Que cherchez-vous ?”). Elle a cette élégance que nous aimons tant. Dans le langage courant ? Notre expression est parfaitement à sa place, à l’oral comme à l’écrit. Quant au “quesque”… Laissons-le là où il est né : dans la littérature qui veut capturer l’essence du parler populaire.
Sources
Cette exploration s’appuie sur des références solides. Le Bon Usage de Maurice Grevisse nous guide sur le bon chemin. Le Dictionnaire historique d’Alain Rey nous raconte l’histoire. Ferdinand Brunot, avec son Histoire de la langue française, nous offre le contexte. Et l’Académie française ? Elle veille toujours, nous rappelant les normes actuelles de notre belle langue.
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