DĂ©finition
Une sainte nitouche signifie : une personne qui affecter une pudeur excessive, jouer hypocritement lâinnocence et la dĂ©cence, contrefaire la dĂ©votion. Cette expression dĂ©nonce notamment lâhypocrisie, et devient un Ă©quivalent fĂ©minin Ă Tartuffe.
Sainte nitouche : origine de lâexpression
Cette expression se comprend dâelle-mĂȘme : dans le catholicisme, la sainte est dâune parfaite puretĂ© et pudeur religieuse. Par antiphrase, on dĂ©signe par « sainte » celle qui affecte la pudeur et lâinnocence mais qui a en rĂ©alitĂ© des mĆurs trĂšs libres. « Nitouche » est la contraction de « nây touche pas » (mais quoi ? âŠ). Lâexpression dĂ©crit en fait le refus public par lâhypocrite des commerces charnels.
MADAME PERNELLE :
Mon Dieu, sa sĆur, vous faites la discrĂšte,
Et vous nây touchez pas, tant vous semblez doucette :
Mais il nâest, comme on dit, pire eau, que lâeau qui dort,
Et vous menez sous chape, un train que je hais fort.MoliĂšre, Tartuffe, I, 1
Lâexpression a peut-ĂȘtre Ă©tĂ© inventĂ©e par Rabelais :
Croiez que câestoit le plus horrible spectacle quâon veit ocnques, les uns cryoient saincte Barbe, les aultres sainct georges, les aultres saincte Nytouche, les aultres nostre Dame de Cunault, de Laurette, de bonnes nouvelles,de la lenou, de riviĂšre.
Elle est la transformation dâune expression plus ancienne, relevĂ©e par le Dictionnaire du moyen français : faire le non-y-touche, « affecter un air dâinnocence et de naĂŻvetĂ© ». Elle a existĂ© sous la forme « sainte nây touche » :
[âŠ] moi je parais triste le matin, pendant lâoffice, parce que ce nâest pas gai, la messe, oh ! non, et que, pour faire piĂšce Ă Mlle HĂ©lĂ©na, je prends des airs de sainte nây touche ;
Sue, Les Sept péchés capitaux
[âŠ] elle veut par ces semblants de sagesse se faire Ă©pouser de ce maraud, lequel doit ĂȘtre abondamment pourvu de biens. Le caprice prend quelque fois Ă ces crĂ©atures de faire souche dâhonnĂȘte gens et de sâasseoir aux assemblĂ©es parmi les prudes femmes, lâĆil baissĂ© sur la modestie, avec un air de Sainte Nây touche.
La forme « sainte-nitouche » apparaĂźt au XVIIe siĂšcle, ici peut-ĂȘtre une plaisanterie de soldats :
Ils apprirent aussi quâil y avait dans la Place quâune fausse Porte appellĂ©e Sainte-nitouche [âŠ]
Ici au XVIIIe siĂšcle dans un contexte qui Ă©claire son sens
Quelle est donc cette humeur farouche,
Quand je vous demander un baiser ?
Vous faites la sainte Nitouche,
Et vous osez me refuser.
Il existait la variante rare « sainte mitouche », présente notamment chez Voltaire. « Mie » signifiait « pas ».
Autre exemples
Un soldat me disait : « Les filles ici sont des Sainte-Nitouche. Le jour, dans les rues, pas une ne parlerait à un militaire ; le soir elles font le diable à quatre. »
LâaccusĂ©, trĂšs humble, avec un air de sainte Nitouche, lâĆil baissĂ©, la face narquoise, les mains croisĂ©es, commença :
â Monsieur le prĂ©sident, messieurs les membres de la commission, nous tous, vous les premiers, nous nous sommes trompĂ©s jusquâici sur le rĂŽle que doit jouer le ThĂ©Ăątre-Français ! Câest le Louvre
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