Orthographe
On Ă©crit plutĂŽt : sens dessus dessous. Câest la forme enregistrĂ©e par les dictionnaires usuels (Dictionnaire de lâAcadĂ©mie française, le Robert, le Larousse ou le TLF).
Exemples
- AprĂšs la fĂȘte, la maison sâĂ©tait retrouvĂ©e sens dessus dessous.
- Personne ne comprenait plus rien Ă rien, la situation Ă©tait complĂštement sens dessus dessous.
- « La ville est sens dessus dessous. Les boutiques se ferment. Les femmes font Ă la hĂąte leurs provisions, les rues se dĂ©pavent, tous les cĆurs sont serrĂ©s par lâangoisse dâun grand Ă©vĂ©nement. Le pavĂ© sera prochainement inondĂ© de sang. » (Baudelaire, LâArt romantique)
- « [âŠ] des morceaux de mansardes avec leur papier peint, des chĂąssis de fenĂȘtres avec toutes leurs vitres plantĂ©s dans les dĂ©combres, attendant le canon, des cheminĂ©es descellĂ©es, des armoires, des tables, des bancs, un sens dessus dessous hurlant, et ces mille choses indigentes, rebuts mĂȘme du mendiant, qui contiennent Ă la fois de la fureur et du nĂ©ant. » (Hugo, Les MisĂ©rables)
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« Sens dessus dessous » et « sans dessus dessous » : des variantes ?
Cette locution signifie « dans un grand dĂ©sordre, dans un Ă©tat de grande confusion, bouleversĂ©, pĂȘle-mĂȘle ». Selon lâAcadĂ©mie française, cette locution sâĂ©crivait Ă lâorigine « ce en dessus dessous » puis « cen dessus dessous ». Sa signification Ă©tait « ce qui doit ĂȘtre dessus se retrouve dessous ». En dâautres termes, les choses sont en dĂ©sordre total.
Cependant, lâusage a longtemps variĂ© sur la graphie de cette locution et on ne saurait considĂ©rer « sans dessus dessous » comme une faute. Câest plutĂŽt une variante. Ainsi, le grammairien du XVIIe siĂšcle Vaugelas (1585 â 1650), lĂ©gislateur influent de lâorthographe française, prĂ©fĂ©rait la forme avec « sans ». On trouve cette version chez Voltaire (16694 â 1778) par exemple :
Jâai voyagĂ©, jâai vu du tintamarre ;
Je nâai jamais vu semblable bagarre ;
Tout le logis est sans dessus dessous.
Jules Verne (1828 â 1905) publie en outre, en 1889, un roman intitulĂ© Sans dessus dessous. Balzac (1799 â 1850), dans son Ćuvre, prĂ©fĂšre la forme originelle. Il dit dâailleurs, dans la Revue parisienne dâaoĂ»t 1840 :
Je mâobstine Ă orthographier ce mot comme il doit lâĂȘtre. Sens dessus dessous est inexplicable. LâAcadĂ©mie aurait dĂ», dans son Dictionnaire, sauver au moins dans ce composĂ©, le vieux mot cen qui veut dire : ce qui est.
Il est confirmĂ© dans cette opinion par le LittrĂ© pour qui « la vraie locution est donc câen devant derriĂšre, câen dessus dessous ». Autres exemples :
Jâaurois fait le Samson dans ma fureur extrĂȘme ;
Jâaurois mis ton chĂąteau tout sans dessus dessous, (Scarron, Don Japhet dâArmĂ©nie, 1653)« [âŠ] et des mois nâauraient pas suffi Ă cette tĂąche, car ces vitres avaient Ă©tĂ© maintes fois rĂ©parĂ©es et replacĂ©es souvent sans dessus dessous, de telle sorte quâil devenait malaisĂ© de les lire. » (Huysmans, La CathĂ©drale)
Cette variante reste rare dans les Ă©crits anciens (environ 14 300 rĂ©sultats sur Gallica pour la forme en « sens », environ 2400 pour celle en « sans »), mais elle est plutĂŽt courante aujourdâhui avec la multiplication des Ă©crits que permet internet (plus de 800 000 pour la forme en « sens » sur Google, et tout de mĂȘme 377 000 pour la forme en « sans »).
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