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SANS ou SENS dessus dessous ? (orthographe) 📚
sans dessus dessous sens dessus dessous orthographe

Publié le 13/01/2018 (m.à.j* le 21/05/2024)
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⏳ Temps de lecture : 2 minutes

Orthographe

On Ă©crit plutĂŽt : sens dessus dessous. C’est la forme enregistrĂ©e par les dictionnaires usuels (Dictionnaire de l’AcadĂ©mie française, le Robert, le Larousse ou le TLF).

Exemples

  • AprĂšs la fĂȘte, la maison s’était retrouvĂ©e sens dessus dessous
  • Personne ne comprenait plus rien Ă  rien, la situation Ă©tait complĂštement sens dessus dessous.
  • « La ville est sens dessus dessous. Les boutiques se ferment. Les femmes font Ă  la hĂąte leurs provisions, les rues se dĂ©pavent, tous les cƓurs sont serrĂ©s par l’angoisse d’un grand Ă©vĂ©nement. Le pavĂ© sera prochainement inondĂ© de sang. » (Baudelaire, L’Art romantique)
  • « [
] des morceaux de mansardes avec leur papier peint, des chĂąssis de fenĂȘtres avec toutes leurs vitres plantĂ©s dans les dĂ©combres, attendant le canon, des cheminĂ©es descellĂ©es, des armoires, des tables, des bancs, un sens dessus dessous hurlant, et ces mille choses indigentes, rebuts mĂȘme du mendiant, qui contiennent Ă  la fois de la fureur et du nĂ©ant. » (Hugo, Les MisĂ©rables)

Vous devez cliquer ici pour lire l’article : « autant pour moi » ou « au temps pour moi » ?

« Sens dessus dessous » et « sans dessus dessous » : des variantes ? 

Cette locution signifie « dans un grand dĂ©sordre, dans un Ă©tat de grande confusion, bouleversĂ©, pĂȘle-mĂȘle ». Selon l’AcadĂ©mie française, cette locution s’écrivait Ă  l’origine « ce en dessus dessous » puis « cen dessus dessous ». Sa signification Ă©tait « ce qui doit ĂȘtre dessus se retrouve dessous ». En d’autres termes, les choses sont en dĂ©sordre total. 

Cependant, l’usage a longtemps variĂ© sur la graphie de cette locution et on ne saurait considĂ©rer « sans dessus dessous » comme une faute. C’est plutĂŽt une variante. Ainsi, le grammairien du XVIIe siĂšcle Vaugelas (1585 – 1650), lĂ©gislateur influent de l’orthographe française, prĂ©fĂ©rait la forme avec « sans ». On trouve cette version chez Voltaire (16694 – 1778) par exemple : 

J’ai voyagĂ©, j’ai vu du tintamarre ;
Je n’ai jamais vu semblable bagarre ;
Tout le logis est sans dessus dessous.

Le Triumvirat, V, 1, Jasmin

Jules Verne (1828 – 1905) publie en outre, en 1889, un roman intitulĂ© Sans dessus dessous. Balzac (1799 – 1850), dans son Ɠuvre, prĂ©fĂšre la forme originelle. Il dit d’ailleurs, dans la Revue parisienne d’aoĂ»t 1840

Je m’obstine Ă  orthographier ce mot comme il doit l’ĂȘtre. Sens dessus dessous est inexplicable. L’AcadĂ©mie aurait dĂ», dans son Dictionnaire, sauver au moins dans ce composĂ©, le vieux mot cen qui veut dire : ce qui est.

Il est confirmĂ© dans cette opinion par le LittrĂ© pour qui « la vraie locution est donc c’en devant derriĂšre, c’en dessus dessous ». Autres exemples : 

J’aurois fait le Samson dans ma fureur extrĂȘme ;
J’aurois mis ton chĂąteau tout sans dessus dessous, (Scarron, Don Japhet d’ArmĂ©nie, 1653)

« [
] et des mois n’auraient pas suffi Ă  cette tĂąche, car ces vitres avaient Ă©tĂ© maintes fois rĂ©parĂ©es et replacĂ©es souvent sans dessus dessous, de telle sorte qu’il devenait malaisĂ© de les lire. » (Huysmans, La CathĂ©drale)

Cette variante reste rare dans les Ă©crits anciens (environ 14 300 rĂ©sultats sur Gallica pour la forme en « sens », environ 2400 pour celle en « sans »), mais elle est plutĂŽt courante aujourd’hui avec la multiplication des Ă©crits que permet internet (plus de 800 000 pour la forme en « sens » sur Google, et tout de mĂȘme 377 000 pour la forme en « sans »).